LA COLONNE MÈRE

La Colonne mère, 2025
Laine de mérinos, toison brut, verre soufflé, vannerie sauvage, céramique, étain
Pièce in situ et monumentale; hauteur de la tresse : entre 6 à 9 mètres
Eglise Saint-Georges, Les Treillis, Centre d’art, Les Eglises à Chelles
Commissaire : Renaud Codron
© Tanguy Beurdeley
2024
En plein coeur de Chelles, ce lieu unique, classé monument historique depuis 1984, s’impose comme un espace où le patrimoine dialogue subtilement avec la création contemporaine.
Dans Les Treillis, Clara Rivault explore l’entrelacs comme métaphore du lien et de la rencontre.
Inspirée par l’histoire du lieu et les multiples significations des noeuds – qu’ils soient marins, langagiers ou intérieurs –, l’artiste interroge ce qui relie la terre au ciel.
Cette exposition propose une réconciliation entre le vivant et l’humain, tout en ouvrant des perspectives vers des alliances inédites et des voies inattendues. Les oeuvres monumentales et immersives présentées lors de l’exposition composent un univers où l’Antiquité, la mythologie et les enjeux contemporains se croisent.
À travers une poétique de l’entrelacs, elles révèlent une mémoire, une histoire et une énergie porteuse de vie, incarnées dans chaque filament qui s’entrelace. La Colonne Mère est une oeuvre monumentale qui s’élève vers le ciel tout en prenant racine dans des toisons brutes de bouton de bleu du Maine. Ces toisons animales, encore chargées de nutriments, nourrissent un arbre tissé de laine et de verre, dressé dans l’espace.
Cette colonne, tressée en laine mérinos selon des techniques ancestrales, évoque une ADN universelle.
Sa structure ronde, composée de quatre brins entrelacés, reprend un procédé traditionnel autrefois utilisé pour fabriquer les manches en cuir d’outils. Au sommet, la tresse se déploie dans la toiture, réinterprétant les lignes de la charpente de l’église. Les interstices des brins forment des motifs de flammes, rappelant des cierges, porteurs de souhaits et de voeux.
LES EPINGLES D'AMOUR


Les épingles d'amour, 2025
Verre soufflé, vannerie sauvage, céramique, étain
Dimensions variables
Verrerie : Arcam glass
© Timothée Chambovet
Exposition personnelle Les Treillis
Les Eglises de Chelles, Centre d'art
À l’intérieur de la tresse se logent de mystérieuses épingles d’amour. Ces êtres hybrides – à la croisée des outils, accessoires et armes – s’inspirent des épingles à chapeau que les femmes du XIXe siècle utilisaient pour se défendre. Fabriquées en verre soufflé, elles allient fragilité et menace. Leur dualité confère une vitalité puissante, une force combative et une rébellion silencieuse. Le sommet de ces épingles est orné de perles en forme de Vénus primordiales, chacune dotée d’une identité singulière. Certaines s’habillent de corsets en vannerie sauvage, tissés selon des techniques ancestrales. D’autres naissent dans des anneaux d’étain et sont surnommées “les Fiancées”. D’autres encore se drapent partiellement de céramique, fusionnant les matières dans une alchimie inédite.
Les pics de verre qui jaillissent de ces épingles évoquent des cornes, des défenses ou un élan vital. Ces formes, à mi-chemin entre autodéfense et ornement, symbolisent une résilience face aux agressions extérieures et aux luttes intérieures. Comme la dent du narval, cet organe aux milliers de terminaisons nerveuses, elles deviennent des antennes : à la fois réceptacles et émetteurs. Des Objets-Sujets Votifs. Ces êtres hybrides transcendent leur statut
d’objets pour devenir des objets-sujets, presque votifs. Fragiles et sensibles, elles protègent, apportent des bienfaits, mais savent aussi repousser et se défendre, voire blesser si nécessaire. Leur force primitive évoque le combat
incessant du vivant face aux menaces – réchauffement, agressions, épreuves. Ils incarnent un cycle de mutation et
de transformation, un bouclier évolutif façonné pour la survie. Ces épingles deviennent les vertèbres de La Colonne Mère. Elles la soutiennent, s’accrochent à elle, s’enracinent dans sa mémoire. Porteuses des blessures du passé, elles les transforment en force. Ces éléments tissés ensemble témoignent d’un écho-système universel : une ADN vivante, marquée par les cicatrices, mais renforcée par elles. Elles incarnent la résistance du vivant, un hommage à sa persistance et à sa capacité à se réinventer, envers et contre tout.



